Stances - Extrait de Poésies
Par Louis Claude de Saint-Martin, nommé le Philosophe inconnu


Leipsig -  Institut littéraire - 1860 -
Wurzbourg, imprimerie de F. E. Thein

Pages 47-49

Sagesse sainte, sois bénie,
Ta main daigne briser nos fers.
Tu dis aux fleuves de la vie :
Coulez sur lui du haut des airs.
Déjà ces sources bienfaisantes,
Comme autant de vapeurs brûlantes,
En traits de feu marquent leurs cours ;
Et dans leurs vives étincelles
M'offrent les splendeurs éternelles
Du Dieu qui précéda les jours.

La barrière des yeux s'entr'ouvre,
Il en sort des torrents d'éclairs ;
Un temple à mes yeux se découvre :
Voici le Dieu de l'univers.
Au seul aspect de sa lumière,
Le front de la nature entière,
S'épouvante et vient se courber ;
Et frappés de son nom sublime,
Les astres, la terre et l'abîme,
Dans le néant semblent tomber. [48]

Toi seul, toi dont l'auguste empreinte
Manifeste un être immortel :
Homme, sois sans trouble et sans crainte,
A l'approche de l'Eternel.
Reflet de la suprême essence,
Extrait de ton Dieu, sa présence
Saurait-elle t'épouvanter ?
Ce soleil saint ne peut paraître,
Sans renouveler dans ton être,
Le feu qui te fait exister.

Oui, mortel, oui ta loi se fonde
Sur la vie et la vérité ;
Tu peux dès ce lugubre monde,
T'asseoir dans l'immortalité ;
Tu peux d'un regard magnanime,
Fixant ce soleil qui t'anime,
Ouvrir ton âme aux saints transports ;
L'homme est la lyre de Dieu même :
Il peut, sous cette main suprême,
Exprimer les divins accords.

Laisse l'audacieux Lycée
Avec ses bruyantes leçons ;
Dans les sources de ta pensée,
Il veut t'injecter ses poisons.
Que font ces plantes malfaisantes
Qui, par leurs couleurs séduisantes,
Ont pu trop souvent t'éblouir ? [49]
N'alimente point leur prestige, Tu verras sur leur propre tige,
Tout leur venin s'évanouir.

Mais qui chantera la merveille
Que sur moi Dieu veut opérer ?
Mes yeux, mon esprit, mon oreille,
Qui pourra vous y préparer !
Il veut oubliant mes souillures,
Etendre sur mes mains impures
L'onction de la sainteté,
Et versant sur mes sacrifices
Des flots, des torrents de délices,
M'absorber dans son unité.

C'est pour enfanter ce prodige,
Qu'il nous livre tous ses trésors,
Et qu'à la fois sa main dirige
Une infinité de ressorts.
Mille organes de sa sagesse
Veillent et poursuivent sans cesse
L'heureux terme de ses desseins ;
Et forment un grand tabernacle
Où se consomme un grand miracle,
La renaissance des humains.

Quels soins pour dissiper les voiles
Qui le dérobent à mes yeux !
Il a donné l'ordre aux étoiles
D'écrire ses plans dans les cieux.

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