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III. Le Livre mystique

Étude sur Balzac et la pensée saint-martinienne

 

Auteur : J.-L. Boutin


III. Le Livre mystique

    « Les Proscrits sont le péristyle de l’édifice ; là, l’idée apparaît au moyen âge dans son naïf triomphe. Louis Lambert est le mysticisme pris sur le fait, le Voyant marchant à sa vision, conduit au Ciel par les faits, par ses idées, par son tempérament ; là est l’histoire des Voyants ; Séraphîta est le mysticisme tenu pour vrai, personnifié, montré dans toutes ses conséquences ». - Balzac, préface au Livre mystique.

    C’est en voyant un tableau de Bra ([1]), le sculpteur, « le plus beau chef d’œuvre qui existe » lors du Salon de 1833 que Balzac a

    « conçu le plus beau livre, un petit volume dont Louis Lambert serait la préface, une œuvre intitulée Séraphîta. Séraphîta serait les deux natures en un seul être, comme Fragoletta ([2]), mais avec cette différence que je suppose cette créature un ange arrivé à sa dernière transformation, et brisant son enveloppe pour monter aux cieux. Il est aimé par un homme et par une femme, auxquels il dit, en s’envolant aux cieux, qu’ils ont aimé l’un et l’autre l’amour qui les liait, en le voyant en lui, ange tout pur ; et il leur révèle leur passion, leur laisse l’amour, en échappant à nos misères terrestres » ([3]).

    1. Les éditions du Livre mystique

    La première édition du Livre mystique est datée du 1er décembre 1835 et a été publiée chez Werdet (imprimerie Baudoin) et comporte 2 volumes. Un compte-rendu du Livre mystique a été publié dans la Revue de Paris, en 1836 ([4]).

    • Le tome I comporte :

    Les ProscritsHistoire intellectuelle de Louis Lambert (Extrait des Études Philosophiques) ;

    • Le tome II :

    Séraphita (Extraits des Études philosophiques).

    Une deuxième édition (2 vol.) sera publiée également chez Werdet (imprimerie Bourgogne et Martinet) en 1836 ([5]). Une édition pirate sera publiée à Bruxelles en 1836 chez J. P. Meline, libraire éditeur, et provoquera le commentaire suivant de Balzac :

    « Trois mille exemplaires du Livre Mystique seront frauduleusement vendus par la voleuse Belgique au détriment des libraires français, précisément dans les pays où se trouvent des lecteurs pour l’ouvrage. La ruine du libraire atteint directement l’auteur. Si les écrivains, les poètes, les savants, les jurisconsultes français n’étaient pas ignoblement dépouillés, certes leurs veilles seraient généreusement récompensées par le public qu’ils ont élu pour maître. Beaucoup d’écrivains, forcés de vivre à tout prix, se donnent au pouvoir, et les exemples de cette odieuse nécessité sont plus abondants sous le règne du libéralisme intronisé d’hier, qu’ils ne l’étaient sous la généreuse monarchie abattue par lui. L’homme qui veut rester libre souffre horriblement ; heureux quand la calomnie, assise à sa porte, n’attend pas son cercueil pour l’escorter d’injures ! » ([6]).

    2. Les référence à Saint-Martin

    Dans l’ensemble du Livre mystique, Saint-Martin est cité cinq fois : deux fois dans la Préface, une fois dans les Proscrits, une fois dans Louis Lambert et dans Séraphîta.

    3. Les copies de livres de Saint-Martin

    Tout au long du Livre mystique, mais surtout dans Séraphita, Balzac cite, sans en donner les références, de nombreux passages de L’Homme de désir. Nous mettrons en parallèle les deux textes.


    Notes

    [1] « Théophile Bra, cousin de la poétesse Marceline Desbordes-Valmore, lui-même disciple de Swedenborg et ami de l’abbé Oegger ». Maurice Bardèche, op. cit., p. 270.

    [2] Henri de la Touche (Hyacinthe-Joseph-Alexandre Thabaud de Latouche dit), Fragoletta, Naples et Paris en 1799, Paris, Levasseur, 1829 ; tome I et II.

    [3] Balzac, Lettres à l’Étrangères, I (1833-1842). Paris, Calmann-Lévy, s.d. 20 novembre 1833, p. 87-88.

    [4]Revue de Paris, T. 24, 1836, p. 51-58.

    [5] La 1ère édition peut être téléchargée sur Gallica : tome I, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k912358; tome II, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k91236m. 2e édition, Werdet (imprimerie Bourgogne et Martinet) en 2 volumes, 15 janvier 1836. L’édition belge : Bruxelles, Meline, 1836. 2 vol. Cette édition se trouve sur Google livres : http://books.google.fr/books?id=s5fSVRvz4tUC. Elle comporte les 2 tomes rassemblés en un seul volume. Une pré-publication de Séraphîta a été faite dans la Revue de Paris, juin 1834, T. 6e, p. 23 et sq., http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57787616 et comporte les trois premiers chapitres, I, Le Stromfiord, II Séraphîtus, III Séraphîta ; tome 7e, juil. 1836, p. 145 et sq., http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5801983m comporte le quatrième chapitre, Séraphîta-Séraphitûs. Balzac annonce à la fin de cet article : « Une prochaine livraison contiendra : le § V, Wilfrid ; - le § VI, les Nuées du Sanctuaire ; le § VII, Amours célestes ». Balzac a publié dans cette revue la vision de la planète Mars de Swedenborg, supprimée dans le Livre mystique et largement développé la théorie de Swedenborg alors qu’il l’a simplement résumé dans le Livre mystique.

    [6] Balzac, Préface au Livre mystique, p. XVII – Bruxelles, p. XXI, PL. p. 508. Rappelons que dans les références du Livre mystique que nous citons, LM correspond à la 1ère édition, celle du 1er décembre 1835. Bruxelles, à l’édition chez Méline de 1836, et PL aux Œuvres complètes, tome XI, La Pléiade, Gallimard, 2005.


     

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