revue droit international 1910aErnest Nys (1851-1920) Joseph de Maistre et Louis-Claude de Saint-Martin

Revue de droit international et de législation comparée. Éditeur : Belinfante (La Haye). Deuxième série – Tome XII, 1910, p.215-235. - Les titres sont du webmestre.

V. - Conclusion

Il est un dernier point qu'il importe de signaler. Si le Philosophe inconnu ne se montre pas fort enthousiaste des savants en général et s'il leur reproche d'avoir « tellement défiguré la nature que ce miroir est devenu méconnaissable entre leurs mains », Joseph de Maistre agit en adversaire décidé de l'étude des sciences naturelles.

On ne se rend pas suffisamment compte de l'impulsion que donnèrent les loges maçonniques à l'étude des sciences naturelles. Non seulement elles ouvrirent leurs ateliers à quiconque s'occupait de recherches ou s'intéressait aux discussions, mais elles constituèrent dans nombre de villes, pour le monde profane, des sociétés littéraires, des cabinets de lecture, des associations scientifiques.

Parmi les dirigeants de la grande loge d'Angleterre figuraient, dès les premières années, des savants très distingués. De 1730 à 1734, sur les tableaux des loges de Londres étaient inscrits les noms de seize membres de la Société Royale. Cette société elle-même devait son origine au « Collège invisible », fondé sur le modèle de l'Institut de Salomon décrit dans la Nouvelle Atlantide de sir Francis Bacon, et son but était l'étude de « la connaissance naturelle », terme employé en opposition avec la « connaissance surnaturelle ».bacon atlantide

Dans les sciences naturelles Joseph de Maistre croit voir des ennemies de la religion ; dans leur étude il montre un complot contre le christianisme. Il prétend les placer à l'arrière-plan. « Il faut, écrit-il, que les sciences naturelles soient tenues à leur place qui est la seconde, la préséance appartenant de droit à la théologie, à la morale et à la politique. Toute nation où cet ordre n'est pas observé est dans un état de dégradation. » Il attaque avec violence sir Francis Bacon. « Plein, dit-il, d'une rancune machinale contre toutes les idées spirituelles, Bacon attacha de toutes ses forces l'attention générale sur les sciences naturelles de manière à dégoûter l'homme de tout le reste. » Il lui reproche ce qui constitue précisément son grand titre à la reconnaissance universelle : la substitution de la méthode d'induction à celle du syllogisme. Il s'en prend aux savants qui, selon lui, sont des espèces de conjurés ou d'initiés ayant fait de la science une sorte de monopole et ne voulant pas qu'on sache plus ou autrement qu'eux.

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