Dans la série Les précurseurs du spiritisme : L'abbé Fournié - 1er article

La Vérité - Journal du Spiritisme, paraissant tous les dimanches - Bureaux à Lyon, rue de la Charité, 48 - Troisième année – N° 2 – Dimanche 5 mars 1865

 

La Vérité - Journal du Spiritisme - 1er article sur l'abbé Fournié

1er article sur l'abbé Fournié - Page 6.

Voici un homme qui a été à la fois médium voyant et médium écrivain au commencement du siècle. L'histoire de ses visions que nous extrairons des écrits qu'il a publié, nous servira de transition entre ceux dont nous venons de parler et les étranges figures de Saint Martin et de Swedenborg, nous disons à dessein étranges, si on ne les jugeait pas à la lumière du spiritisme.

Nous voyons dans l'abbé Fournié, un matérialiste et un athée d'abord, qui n'a été converti à la vérité divine que par ses visions. Nous tirons nos citations de la 1re partie de son traité sur Dieu et les anges, seule publiée aujourd'hui; la 2e qu'il déclare lui-même ne pas pouvoir publier, à cause de son contenu merveilleux, étant restée inédite et probablement dans les manuscrits laissés à sa mort. Voici comment il s'exprime : [pages 364-366]

« Quant à moi, chétif instrument de Dieu, en écrivant ce traité dont je publie aujourd'hui la première partie, j'annonce sans déguisement, pour sa plus grande gloire et pour le salut de nous tous, hommes passés, présents et à venir, que par la grâce de Dieu je n'ai aucune connaissance des sciences humaines, sans pour cela être contre leur culture ; que je n'ai jamais fait d'études, et que je n'ai pas lu d'autres livres que les saintes écritures, l'imitation de notre divin Maitre Jésus-Christ et le petit livre de prières en usage parmi les catholiques sous le titre de Petit Paroissien. A quoi je dois ajouter que j'ai lu depuis environ un an deux ou trois volumes des œuvres de l'humble servante de Dieu, madame Guyon.

» Après avoir passé ma jeunesse d'une manière tranquille et obscure selon le monde, il plut à Dieu de m'inspirer un désir ardent que la vie future fût une réalité, et que tout ce que j'entendais dire concernant Dieu, Jésus-Christ et ses apôtres, fût aussi des réalités. Environ dix-huit mois s'écoulèrent dans toute l'agitation que me causaient ces désirs, alors Dieu m'accorda la grâce de rencontrer un homme qui me dit familièrement :

« Vous devriez venir nous voir, nous sommes de braves gens. Vous ouvrirez un livre, vous regarderez au premier feuillet, au centre et à la fin, lisant seulement quelques mots, et vous saurez tout ce qu'il contient. Vous voyez marcher toutes sortes de gens dans la rue; eh bien ! ces gens-là ne savent pas pourquoi ils marchent, mais vous, vous le saurez. »

» Cet homme, dont le début avec moi peut sembler extraordinaire, se nommait don Martinez de Pasqualis.

» D'abord je fus frappé de l'idée que l'homme qui m'avait parlé était un sorcier, ou même le diable en personne. A cette première idée en succéda bien vite une autre à laquelle je m'arrêtai : « Si cet homme est le diable, me disais-je intérieurement, donc il y a un Dieu réel, je ne désire qu'aller à Dieu, je ferai autant de chemin vers Dieu que le diable croira m'en faire faire vers lui-même. » De sorte que j'allai chez M. de Pasqualis, et il m'admit au nombre de ceux qui le suivaient.

» Ses instructions journalières étaient de nous porter sans cesse vers Dieu, de croitre de vertus en vertus, et de travailler pour le bien général. Elles ressemblaient exactement à celles qu'il parait, dans l'Évangile, que Jésus-Christ donnait à ceux qui marchaient à sa suite, sans jamais forcer personne à les croire sons peine de damnation, sans imposer d'autres commandements que ceux de Dieu, sans imputer d'autres péchés que ceux qui sont expressément contraires à la loi de Dieu, et nous laissant bien souvent en suspens, s'il était vrai ou faux, bon ou mauvais, ange de lumière ou démon. Cette incertitude me brûlait si fort en dedans que, nuit et jour je criais vers Dieu, pour que, s'il existait, réellement, il vint me secourir. Mais plus je me réclamais à Dieu, plus je me trouvais enfermé dans l'abime, et je n'entendais pour toute réponse intérieure que ces idées désolantes : il n'y a pas de Dieu, il n'y a pas d'autre vie, il n'y a que mort et néant. Ne me trouvant entouré que de ces idées, qui me brûlaient de plus en plus fort, je criais encore plus ardemment vers Dieu et sans discontinuer, ne dormant presque plus, et lisant les Écritures avec une grande attention, sans jamais chercher à les entendre par moi-même. De temps en temps il arrivait que je recevais d'en haut quelques lumières et des rayons d'intelligence ; mais tout cela disparaissait avec la vitesse d'un éclair. D'autres fois, mais rarement, j'avais des visions, et je croyais que M. de Pasqualis avait quelque secret pour faire passer ces visions devant moi, quoique néanmoins elles se réalisassent, peu de jours après, telles que je les avais vues.

» Je vécus ainsi plus de cinq ans dans de fatigantes incertitudes mêlées de grandes agitations, toujours désirant que Dieu fût, et d'échapper moi-même au néant, mais toujours enfoncé dans un abime ténébreux, et ne me voyant entouré que de l'opposé de réalité de l'existence de Dieu et conséquemment de l'autre vie; de sorte que j'étais tourmenté à l'extrême, et comme brûlé par mon désir de Dieu et par la contradiction de ce désir.

A. P.

(La suite au prochain numéro).

Note

Extrait du livre de l’Abbé Fournie : Ce que nous avons été, ce que nous sommes et ce que nous deviendrons - de Pierre Fournié, Robert Amadou - 375 pages Édition OLMS 1986.

Disponible partiellement chez Google livres :http://books.google.com/books?id=GK1aKggUpfUC&hl=fr

 

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