Dupont
Dans la série Les précurseurs du spiritisme : Dupont de Nemours - 2e article

La Vérité - Journal du Spiritisme, paraissant tous les dimanches - Bureaux à Lyon, rue de la Charité, 48 - Troisième année – N° 10 – Dimanche 30 avril 1865


2e article sur Dupont de Nemours - Pages 38-39.

[Nous avons mis entre crochets […] les pages du livre de Dupont de Nemours qu’André Pezzani cite dans son article. Il s’agit de Philosophie de l’Univers que l’on peut télécharger sur le site de la BNF]

« Jusqu'à ce qu'il soit jugé, cet état d'attente qui peut être prolongé plus ou moins, est déjà pour lui une expiation, un purgatoire, une grande occasion de réflexions et de bonnes résolutions, un perfectionnement de son être. Qu'il soit possible à l'être intelligent, sous la forme rétrécie et condensée de monade, d'éprouver tout ce que je viens de peindre dans l'atome aérien ou igné qui la renferme, et que cette monade n'ait pas besoin de la présence des objets pour se rappeler fortement, c'est ce dont notre état de songe nous donne un fréquent exemple. Qu'un même principe intelligent puisse animer successivement diverses formes [créatures], recevoir sous une figure et une séité (manière d'être) la récompense du travail qu'il fit sous une autre, jouir de plusieurs vies, c'est ce que nous voyons par les insectes, d'abord reptiles ou poissons, puis chrysalides, enfin oiseaux… [Pages 170-171].

» […] Le [Ce] souvenir de la vie précédente serait un puissant secours pour celle qui la suit ; quelques êtres supérieurs à l'homme, lorsqu'ils sont en marche graduelle de perfection et d'un avancement non interrompu, ont peut-être cet avantage comme récompense de leur vertu passée, car tout bien produit un bien. Il ne doit pas sans doute être accordé à ceux qui, ayant mérité la dégradation, ou n'étant point encore parvenus au rang des êtres [animaux] dont la moralité peut s'élever jusqu'à Dieu, sont éprouvés par la justice ou la bienfaisance divine, d'après leurs seules forces, en commençant, ou recommençant entièrement à neuf cette carrière, initiative de la haute moralité.

» Tel parait l'état de l'homme placé aux limites de deux règnes ; le premier des êtres animés visibles par ses yeux, palpables par sa main ; le dernier de ceux dont la morale s'étend au-dessous d'eux pour protéger, au-dessus d'eux pour s'instruire, dont la raison peut atteindre jusqu'aux sciences qui embrassent le inonde entier, jusqu'à l'idée d'une cause première et d'un bienfaiteur universel. On a pu dire à son intelligence si elle a été punie:

« Ta peine est terminée ; le passé est oublié, on t'accorde de n'en plus gémir et de l'oublier aussi. Bois du Léthé, il s'agit à présent de savoir si tu seras bon par toi-même, par amour de la vertu et de ses conséquences immédiates, sans espoir assuré pour l’avenir, sans crainte mémorative de ce que tu as souffert. Pars, essaye du destin de l'homme ; il t'est permis d'animer un fœtus. » [172-173].

L'épreuve nouvelle alors est proportionnée aux fautes de la vie antérieure.

» […] Voilà un enfer proportionné aux délits et à leur intensité, non éternel pour des erreurs qui ne durèrent qu'un moment, non cruel et sans pitié comme celui d'un diable capricieux, implacable et féroce, mais équitable et indulgent comme les châtiments d'un père ; on n'y entend point de hurlements, on n'y voit ni grincements de dents, ni pleurs. C'est la main d'un Dieu de miséricorde, qui pardonne même en punissant, qui met à portée de revenir à lui, de se corriger, de se perfectionner, de mériter encore ses bienfaits, qui ne cesse pas d'en répandre quelques-uns sur ceux-mêmes qui ont des fautes à expier… [Pages 174-175]

» […] Dieu est la ligne droite, il est le plan sur lequel tout repose. Le point de contact qu'il vous accorde avec lui, c'est l'intention de la bienfaisance. Les points de la circonférence par lesquels, anges et humains, nous en pouvons toujours approcher davantage, ce sont la bienfaisance elle-même, les lumières, le pouvoir et le bonheur. La sphère de l'homme est bien petite, celle de l’optimate (1) est bien grande ; il y en a une multitude entre elles ; mais il en est par de là une infinité de possibles, dont quelques-unes [39] peut-être ont été réalisées; qui toutes peuvent l'être par la persévérance croissante dans le travail et dans la vertu, et dont une vertu céleste ne peut atteindre et créer une nouvelle, sans que ce soit une richesse, un bien, une joie pour le monde entier.

» Oh ! si nous arrivons un jour à ce terme, qui n'est pas une barrière, agrandissons notre compas ! La place y est ! elle y sera éternellement pour une véhémente, une aimante, une brûlante opiniâtreté à mieux faire.

» Et vous qui resplendissez après Dieu sur l'univers, […] frayez-nous le chemin, puisque c'est aussi pour vous un moyen de le parcourir; abaissez vos soins jusqu'à nous ; Dieu lui-même ne l'a pas dédaigné ; secondez nos efforts, soutenez notre courage, éclairez notre raison, embrasez notre zèle ; que votre main puissante, qui vos brillants flambeaux aident à s'élever vers votre sphère de feu les génies, [les] anges et les hommes, et mes amis, et mes frères [fils] et moi qui, les appelant autant que mon sensible cœur peut donner d'étendue à ma faible voix, m'élance, comme un autre Icare, en enfant perdu sur la route. [Pages 213-215]

» […] Ces diverses idées m'ont paru embrasser la généralité de l'univers ; elles expliquent d'une façon claire et lucide la grande énigme du monde, le mélange du bien et du mal, la nécessité et la proportion de ce mélange, la moralité qui en résulte. Le voile qui fermait le sanctuaire de la nature est levé. La raison y découvre un spectacle admirable, non miraculeux, ni merveilleux : tout y est sage, rien d'extraordinaire. Deux éléments très simples : Dieu et la matière organisée par Dieu y composent tout.

» En combinant avec cette matière des principes intelligents émanés de lui, il a formé des êtres actifs propres eux-mêmes à donner successivement la vie à une série d'autres êtres vivants de différents grades, plus ou moins intelligents, libres,[et] moraux, dont les organes et les sens développent l'intelligence qui les anime.

» Chacune de ces monades [chacun de ces animaux] (et, dans son acception sévère, cette expression s'applique même à toutes les espèces d'anges) a, durant sa vie, des récompenses et des punitions qui naissent naturellement de sa bonne et de sa mauvaise conduite, et le principe intelligent de chacun d'eux trouve dans le cours de son existence, composée de cette suite de vies qui naissent les unes des autres, le prix ou la peine de la manière dont il a dirigé les êtres qui vécurent par lui.[Pages 232-234]

» […] Telle est, mes amis, la doctrine que je voulais vous exposer avant de mourir, et que mon attachement pour vous lègue à votre morale, à votre génie, à votre sagacité. Tel est le fruit de trente-cinq ans de méditations multipliées, telles sont les pensées qui, autant que je l'ai pu, ont guidé ma conduite publique et privée depuis l’âge de dix huit ans.

» Telle est ma religion ; si elles peuvent devenir les vôtres, je croirai avoir assez fait pour cette vie passagère à laquelle aujourd'hui je tiens fort peu, et je permettrai aux tyrans d'envoyer ma monade se prosterner devant l'Eternel.

Valete et me amate. »

» 10 juin 1793. » [Page 236]

En terminant ce court résumé, nous te saluons avec joie et reconnaissance, noble Dupont de Nemours, comme un des glorieux ancêtres du spiritisme; et il ne dépendra pas de nous qu'on ne rende à ton nom jusqu'alors obscur toute la justice qui lui est due.

A. P.

(1) Esprits purs.

 

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