la_verite_lyon_1865-07-09_s

Dans la série Les précurseurs du spiritisme : Saint-Martin - 10e article

La Vérité - Journal du Spiritisme, paraissant tous les dimanches - Bureaux à Lyon, rue de la Charité, 48 - Troisième année – n° 20 – Dimanche, 9 juillet 1865 - Pages 78-79 (10° article. — Voir le dernier numéro.)

Rappelons qu'il nous manque le 7e article. La Vérité - Journal du Spiritisme

la_verite_lyon_1865-07-09_sm10

Notre journal résumant ou mettant à jour les enseignements du spiritisme, a dit (Foi nouvelle, 2e article) que par les révélations nouvelles la Terre reprend son rôle légitime dans l'harmonie de la création, de correction et de redressement des Esprits mauvais ; que l'économie suprême de cette création, comme l'a pressenti Saint-Martin, qui a été en ce sens surtout un des prédécesseurs de nos doctrines, est fondée sur le grand principe d'instruction de l'inférieur par le supérieur. C'est ainsi qu'on peut s'expliquer seulement les obsessions, les possessions, les infestations qui seraient impossibles et contraires à l'orthodoxie divine, si on se faisait l'idée grossière de démons éternellement mauvais ; parce que Dieu alors n'aurait plus de raison pour permettre le mélange de ces Esprits destinés à labourer éternellement les sillons du mal, avec les hommes encore soumis à l'épreuve ; tandis qu'en adoptant l'idée seule logique et rationnelle d'Esprits susceptibles de progresser et de venir à la résipiscence, on conçoit comment ce mélange est toléré et voulu de Dieu, qui par le frottement et le pêle-mêle des Esprits bons et mauvais, comme l'affirme la haute vue de Saint-Martin, veut assurer le progrès et le triomphe final du bien. Que nos lecteurs relisent les quatre articles (Foi nouvelle) publiés la première année, numéros 32, 33, 34, 35, et qu'ils comparent avec l'idée grandiose de Saint-Martin, ils n'y trouveront de différence qu'un plus grand développement et une vue plus ferme de la vérité ; mais le germe tout entier en était dans notre auteur.

Nous nous proposons maintenant de compléter Matter et les autres qui ont écrit sur l'éminent théosophe, par des pensées extraites de ses divers écrits, et surtout de ses œuvres posthumes [1].

Nous les ferons suivre ensuite d'un commentaire, que nous tâcherons de faire lumineux et court ; de manière à exprimer la quintessence des opinions de Saint-Martin.

Nous commençons en soulignant les passages les plus dignes d'attention, et sur lesquels nous reviendrons plus spécialement :

« Tous les hommes peuvent m'être utiles, il n'y en a aucun qui puisse me suffire. Il me faut Dieu [n°2]. — J'ai été attendri un jour jusqu'aux larmes, à ces paroles d'un prédicateur : Comment Dieu ne serait-il pas absent de nos prières, puisque nous n'y sommes pas nous-mêmes ? [n°10] — Je n'ai eu que deux portes [sic pour postes] dans ce monde, savoir : le paradis et la poussière; je n'ai pas su demeurer dans les portes [sic pour postes] intermédiaires. Voilà pourquoi j'ai été si peu connu du plus grand nombre, et que ceux qui m'ont approché m'ont toujours blâmé ou loué avec excès. [n°14] — J'ai changé sept fois de peau en nourrice, je ne sais si c'est à ces accidents que je dois d'avoir si peu d'astral. [n°16] — La divinité ne m'a refusé tant d'astral, que parce qu'elle voulait être seule, mon mobile, mon élément et mon terme universel. [n°24] — A l’âge de dix-huit ans il m'est arrivé de dire, au milieu des confessions philosophiques que les livres m'offraient : Il y a un Dieu, j'ai une âme, il ne faut rien de plus pour être sage ; et c'est sur cette base là qu'a été levé [sic pour élevé] ensuite tout mon édifice. [n°28] — Je n'ai rien de plus que les autres hommes ; j'ai senti qu'eux et moi nous étions tous les fils de Dieu ; seulement j'ai eu tellement la persuasion de la noblesse de cette origine, que j'ai taché de mon mieux de conserver quelques lambeaux de mon extrait baptistaire. [n°56] — J'ai reconnu que c'était une chose très salutaire, et même très honorable pour un homme, que d'être, pendant son passage ici-bas, [79] un peu balayeur de la Terre. [n°66] — La manière dont j'ai senti quelquefois que la prière devait marcher pour être bonne, ce serait que chaque acte de la prière de l'homme fût un hymne ou un cantique enfanté de son cœur ; c'est-à-dire qu'il devrait créer lui-même ses psaumes, et non pas se contenter d'en lire. [n°71] — Le monde frivole (surtout les femmes) passe sa vie dans une chaîne de néants qui se succèdent et qui lui ôtent jusqu'aux moyens de s'apercevoir qu'il y ait une vérité, de même que la capacité de la saisir. Le plus grand nombre des femmes et des hommes qui leur ressemblent, sont comme des enfants qui regardent tout, qui crient à la moindre contradiction, mais qui n'ont pas d'autre forme [sic pour force] que celle de crier, et qu'il faut défendre de tout, parce que la peur et l'impuissance sont leurs éléments constitutifs. [n°97] — L'espérance de la mort fait la consolation de mes jours : aussi voudrais-je que l'on ne dise jamais : l'autre vie; car il n'y en a qu'une. [n°109] — J'ai été dégoûté de bien bonne heure des explications scientifiques des hommes, ou pour mieux dire, il n'y en a jamais eu une qui ait pu trouver accès chez moi. Il y avait en moi quelque chose qui les repoussait naturellement, et je me disais : comment les hommes peuvent-ils trouver quelque chose en fait de science ? Ils expliquent la matière par la matière ; de sorte qu'après leurs démonstrations, on aurait encore besoin d'une démonstration. [n°138] — Mon âme dit quelquefois à Dieu : sois tellement avec moi, qu'il n'y ait absolument que toi qui sois avec moi ; et cette parole n'est que la réelle expression de ce qui a été de tout temps le véritable désir de mon âme. [n° 141] — Je voudrais trois choses : 1° que l'homme n'oublie [sic pour n’oubliât] jamais qu'il y a une autre lumière que l'élémentaire, et dont celle-ci n'est que le voile et le masque ; 2° que l'homme se persuade [sic pour persuadât] que rien ne peut et ne doit l'empêcher de faire son travail ; 3° qu'il sentit que ce que l'homme sait le mieux, c'est ce qu'il n'apprend point. [n°146] — Il serait bien malheureux pour l'homme, qu'après avoir passé par les misères de la vie, cela fût encore à recommencer ; et tel est le sort de ceux qui se croient à leur place sur la terre. Car qui est-ce qui sera assez fort pour avoir ainsi touché cette borne sans se salir ? Voilà ma doctrine foncière. [n°160].

[Quand j’ai eu le bonheur de persévérer quelque temps dans la sagesse] Je suis parvenu bientôt au point d'être pour les autres hommes, comme une nation à part, et qui parle une langue étrangère. C'est même alors une peine inutile à prendre auprès d'eux, que d'essayer de s'en faire entendre. Voilà pourquoi les hommes qui s'occupent de la vérité, deviennent si aisément des anachorètes. Il en est de même des fausses affections dont l'espèce humaine est la proie, et qui l'empêchent de s'élever à la région libre et vive. Les hommes sont presque tous comme les insectes enfermés dans [de] la glu ou dans des gommes, et dans ces fossiles transparents que l'on rencontre dans la terre. Il est impossible qu'ils se remuent et qu'on les tire de leur prison. [n°191] — J'ai été ennemi de la science, à cause que j'aimais les hommes et que je les voyais égarés par elle à tous les pas. Les docteurs, au contraire, ne deviennent ennemis et rivaux des hommes [à cause de la science qu’ils n’envisagent] que sous les couleurs de l'orgueil et de l'ambition terrestre. [n°196] — C'est une chose qui m'a été démontrée, que les vérités sont de plusieurs ordres. J'en ai reçu que je ne pouvais dire à personne ; j'en ai reçu que je pouvais dire à quelques-uns ; j'en ai reçu que je pouvais dire à plusieurs ; j'en ai reçu que je pouvais dire à beaucoup ; j'en ai reçu que je pouvais dire à tout le monde. [n°198] — Il y a plusieurs probabilités que ma destinée a été de me faire des rentes en âmes. Si Dieu permet que cette destinée-là s'accomplisse, je ne me plaindrai pas de ma fortune ; car cette richesse là en vaut bien d'antres. [n°202] — Comment aurais-je pu attendre des hommes qu'ils me vissent tel que j'aurais pu être ? Ils ne m'ont même presque jamais vu tel que je suis. Aussi j'ai été souvent dans le cas de leur dire (lorsque dans cette, ignorance où ils étaient de moi, ils prétendaient me gouverner) : J'espère bien que j'irai à Dieu, encore bien que vous vouliez m'y conduire. [n°217] — C'est moins pour instruire que j'ai fait des livres, que pour exhorter et pour préserver ; mais si j'ai manqué en quelque chose à la sagesse en écrivant, je n'en souffrirai pas autant comme si j'eusse voulu enseigner, et cela de mon chef. La bonté divine usera, j'espère, d'indulgence envers moi en faveur de mes intentions. [n°247] — Le genre qui a été accordé à mon esprit, et qui est de pouvoir combattre la fausse philosophie et de désirer ardemment la manifestation du royaume, a fait que je n'aurais jamais dû avoir d'autre place ici-bas que d'être près des incrédules pour les soumettre, ou près des gens qui eussent eu les dons des Apôtres, afin que je ne quittasse pas leur ombre, et que je baisasse la poussière de leurs pieds tous les jours de ma vie. [n°361] — J'ai reconnu que pour l'homme, il n'y avait que deux manières de sortir de la vie, savoir : comme des insensés, avec orgueil ou désespoir, ou comme les sages et les saints, avec ravissement ou résignation. [n°275] — Je ne peux pas m'empêcher de regarder comme un très grand bonheur pour moi, de ce que la plupart du temps les hommes ne m'ont pas entendu ; car je me serais arrêté dans les mesures où ils m'auraient retenu, et ils m'auraient empêché par là, peut-être, d'atteindre à des choses que je ne pouvais entendre qu'avec Dieu et par le canal vivant de son instruction directe et intime. [n°283] — Si je n'avais pas trouvé Dieu, jamais mon esprit n'eût pu se fixer à rien sur la terre. [n°290] —J'ai vu que les hommes étaient étonnés de mourir, et qu'ils n'étaient point étonnés de naitre. C'est là cependant ce qui mériterait le plus leur surprise et leur admiration.

J'ai vu que l'enfant dédaignait et laissait au-dessous de soi les choses du monde qui occupent les hommes, parce qu'elles sont au-dessus de lui ; mais j'ai vu aussi que les hommes qui ne sont que de grands enfants, en faisaient autant relativement aux lumières de la divine sagesse ; et c'est là ce qui a si souvent renversé [sic pour traversé] mon âme comme avec une épée. [n°323]. »

A. P.

(La suite au prochain numéro).


1. Toutes ces citations sont extraites de Mon portrait historique et philosophique, qui a été publié dans le tome I des Œuvres posthumes de Mr de St-Martin, Tours, chez Letourmy, 1807. Nous avons mis entre crochets le numéro du paragraphe.

Aller au haut