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Dans la série Les précurseurs du spiritisme : Saint-Martin - 13e article

La Vérité - Journal du Spiritisme, paraissant tous les dimanches - Bureaux à Lyon, rue de la Charité, 48 - Troisième année – n° 23 – Dimanche, 30 juillet 1865 - Pages 90-91 (13° article — Voir le dernier numéro.)

Rappelons qu'il nous manque le 7e article. La Vérité - Journal du Spiritisme

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« A la fin de ma vie terrestre, je ne dirai point que j'ai passé dans le monde ; car, dans le vrai, je n'aurai passé qu'a côté du monde, soit dans la fortune soit dans les honneurs, soit dans les plaisirs mondains, soit même dans ces joies vives et pures que le sort a permis de goûter à ceux qui n'ayant pas, comme moi, été entrainés dans la carrière que j'ai suivie, ont été assez libres pour se livrer aux délicieux sentiments de leur cœur. Mais aussi je pourrai dire que j'ai passé à côté des tribulations des ambitieux, des angoisses des envieux, des effroyables chocs que subissent si souvent les âmes qui ici-bas ont le loisir de s'abandonner à leur tendresse et à tous les mouvements de leurs désirs, de façon que, n’ayant point eu les malheurs et les inconvénients du monde, loin de me plaindre de n'en avoir pas eu les avantages, je devrai à Dieu des remerciments [sic] sans nombre de m’avoir donné beaucoup plus que ce que tous les plaisirs de tous les siècles rassemblés auraient pu faire pour moi. [n°831].  [1].

 

[Les citations suivantes viennent de « Pensées extraites d’un manuscrit de Mr de St Martin », Œuvres posthumes, p. 219 et suivantes].

La terre est notre principale piscine. C'est elle qui se charge de toutes les immondices pour rendre ensuite les êtres plus rapprochés de leur première pureté. C'est pour cette raison qu'elle est si avantageuse à l'homme, puisqu'elle est le premier degré de sa réconciliation : aussi, son passage dans cette région mérite-t-il toute son attention. [n°10] — Portons partout le désir d'obtenir la concupiscence de Dieu, et, pour y parvenir, travaillons à vaincre l'apparence qui nous environne et à sentir notre misère ; surtout tâchons de porter partout l'idée que la présence efficace d'un fidèle ami nous accompagne, nous guide, nous nourrit et nous soutient à tous nos pas ; cela nous rendra réservés et confiants ; cela nous donnera à la fois la sagesse et la force. Que nous manquerait-il, si nous étions sans cesse animés par ces deux vertus ? [n°27] — L'homme a des avertissements de tout, mais il n’y fait pas attention. En effet, tout est dans notre atmosphère, le secret est de savoir y lire. [n°41] — A quelles conditions pouvons-nous espérer d’être à couvert des maux et des pâtiments dans la vie future ? Le voici : c'est lorsque nous serons accoutumés à vivre au milieu des maux, et des pâtiments de la vie actuelle comme s'ils n'avaient aucune valeur, et comme s'ils n'existaient pas. Telle est la loi irrévocable portée sur la race adamique [sic pour sur notre malheureuse postérité]. La tache est rude, mais les fruits en sont doux ; et quand on réfléchit aux causes originelles qui ont fait porter sur nous un pareil arrêt, on est bien loin de se récrier sur sa rigueur [n°49] — Un des grands dangers de [91] l'homme est de se croire abandonné, quand il souffre. N'oublions jamais qu'on veut ici notre purification, et non pas notre perte. Nos fautes mêmes doivent n'opérer en nous que le remords et le sentiment de notre profond abaissement, mais jamais le désespoir. La pitié suprême s'intéresse à nous dans nos douleurs, la miséricorde dans nos fautes et dans nos égarements. C'est ne pas connaître Dieu que de croire qu'il ne puisse nous régénérer, quand nous retournons à lui avec un cœur sincèrement contrit et humilié. [n°50] — C'est une chose bien singulière que le règne et l'action invisible de l'Esprit aient été prouvés par celui qui n'y croyait pas. C'est M....er, l'incrédule M....er, cet homme qui n'est que matière, et qui n'est pas même en état d'être matérialiste ; c'est cet homme, dis-je, qui a ouvert la porte aux démonstrations sensibles de l'Esprit, et cela immédiatement après que le monde avait été inondé, pendant quarante ans, par les déraisonnements philosophiques. Tel a été l'effet du magnétisme. [n°77] — La science est pour le temporel ; l'amour est pour le divin. On peut se passer de la science, mais non de l'amour, et c'est par l'amour que tout finira, parce que c'est par l'amour que tout a commencé et que tout existe. Je voudrais que toutes les instructions des docteurs de la sagesse commençassent et finissent par ces mots : « Aimez Dieu et les autres en lui [« et les autres en lui » ne se trouve pas dans l’original], vous serez aussi savants que tous les sages. » [n°91] — Nous devrions ne vivre ici-bas que de sacrifices, et nous n'y vivons, ou du moins [nous] n'y voulons vivre que de jouissances ; nous devrions nous alléger et nous dépouiller, et nous ne faisons que nous encombrer sous les enveloppes redoublées de la souillure et de l'illusion. Nous devrions ici subir une épreuve salutaire, et nous la remettons à une autre région, où par conséquent nous en aurons deux à subir à la fois, sans savoir si nous serons en état de les supporter. Nous naissons dépouillés de tout ; les biens et les attachements qui nous arrivent ensuite sont un don gratuit qu'on est bien libre de nous demander, et cependant, quand cela arrive, nous en murmurons, au lieu de remercier Dieu de nous avoir mis à même de lui offrir en sacrifice des choses qu'il nous a données, et qui ne nous appartenaient pas. [n°92] — La mort étant comprise au rang des crises [sic pour actes] qui servent à l'accomplissement des grandes œuvres [sic pour du grand œuvre] de la Divinité, est dirigée et conduite avec la même sagesse qui gouverne toutes les opérations divines. Nos liens matériels se composent [sic pour rompent] successivement d'une manière presque insensible, de peur que nous en souffrions trop, et que le sentiment de la bonté et de la douceur de l'être qui nous appelle à lui, ne sorte de notre cœur. Les jeunes gens pleins de vie animale et vides de la vie spirituelle, sont communément effrayés de la mort, parce qu'ils ne trouvent encore rien en eux qui puisse remplacer ce qu'elle leur enlèverait. Au contraire, les vieillards qui ont suivi fidèlement la loi de leur être, se trouvent, à la fin de leur carrière, remplis d'une vie si pure, si active et si consolante, qu'ils voient avec indifférence la démolition de leur enveloppe matérielle ; de même que cette enveloppe matérielle ayant subi lentement la décomposition insensible de tous ses ressorts, voit et subit sans douleur sa propre démolition. Tel est le plan que la sagesse suprême avait établi pour le bonheur des hommes ; mais, au lieu de le mettre à profit, ils ont fait tous leurs efforts pour le détruire et l'effacer de dessus la terre; aussi de quelles douleurs n'est-elle plus semée!!! [n°99] — Plus l'homme se sera enfoncé dans la matière plus sa séparation en sera lente. Ce sera l'inverse pour celui qui aura pris la marche opposée, et même cette séparation pourrait nous devenir imperceptible, si nous la faisions d'avance, et que nous y travaillassions un peu tous les jours. [n°117] — On peut, si l'on veut, s'occuper du soin de recueillir les pensées des grands hommes; on peut se livrer à l'admiration qu'elles inspirent ; on peut s'élever avec Pindare, s'étonner avec Homère, s'attendrir avec Tibulle et Virgile ; s'instruire avec Tacite, avec Aristote, avec Tertullien, avec tous les grands écrivains ecclésiastiques ; se former le goût avec les ouvrages de Racine et les critiques littéraires des bons Aristarques. Mais, quand on n'aurait aucune de ces ressources, il en est d'autres avec lesquelles on pourrait aisément s'en consoler, parce qu'elles les renferment généralement toutes : ce sont les Livres saints, et surtout la partie prophétique répandue presque dans toutes ces sublimes écritures ; on y trouvera des pensées beaucoup plus grandes que dans tous les auteurs que je viens de citer, et, en outre, on y trouvera des pensées beaucoup plus vraies. Saint Paul mettait le don prophétique au-dessus de tous les dons. C'est que c'est, en effet, celui qui semble être l'âme de toutes les écritures ; et comme l'esprit pénètre tout et qu'il remplit tout, on est sûr de trouver dans ces Livres divins une liaison secrète si intime, une correspondance si instructive et si lumineuse, qu'on ne peut s'empêcher de reconnaitre que c'est un Esprit bon qui les a dictées. C'est l'eau qui imbibe toute la masse terrestre, qui circule alternativement dans toutes ses parties, et qui, malgré les espaces et les distances, offre partout le même caractère et les mêmes propriétés, qui sont de tout purifier, de tout rendre mobile et fluide, et par là de tout animer, de tout vivifier, et de ramener tout à l'unité d'une communication et d'une union universelles. [n°124] — On nous enseigne que les pauvres sont les membres de Jésus-Christ ; mais ils sont donc aussi nos propres membres, puisque tous les hommes ensemble ne font qu'un seul corps dont Jésus-Christ est le chef ou la tête. Or, quand un des membres de notre corps est affecté, ceux qui sont en bon état ne vont-ils pas à son secours, et n'emploient-ils pas tous leurs moyens et toutes leurs forces pour le soulager ? Tâchons donc de considérer les malheureux et les pauvres sous cet aspect, et soyons aussi empressés à soigner les maux et les besoins qui les tourmentent, que nous le sommes à guérir et à calmer les douleurs de quelques-uns des membres de notre propre corps matériel. [n°131] — La mort ne doit se regarder que comme un relais dans notre voyage. Nous arrivons à ce relais avec des chevaux fatigués et usés, et nous y venons pour en prendre qui soient frais et en état de nous conduire plus loin ; mais aussi il faut payer tout ce qu'on doit pour la course qui est faite, et jusqu'à ce que les comptes aient été [sic pour soient] soldés, on ne vous met point en route pour la course suivante. [n°134] »

A. P.

(La suite au prochain numéro).


1. Toutes ces citations sont extraites de Mon portrait historique et philosophique, qui a été publié dans le tome I des Œuvres posthumes de Mr de St-Martin, Tours, chez Letourmy, 1807. Nous avons mis entre crochets le numéro du paragraphe.

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