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Dans la série Les précurseurs du spiritisme : Saint-Martin - 6e article

La Vérité - Journal du Spiritisme, paraissant tous les dimanches - Bureaux à Lyon, rue de la Charité, 48 - Troisième année –  n° 16, Dimanche 11 juin 1865, p.62-63.


Rappelons qu'il nous manque le 7e article. La Vérité - Journal du Spiritisme

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Avertissement

Comme dans toutes ses citations, André Pezzani change parfois le texte et le transforme à sa manière pour faire dire aux différents auteurs cités ce qu'il veut démontrer, et notamment pour Saint-Martin, qu'il est un "adepte" du spiritisme, ou du moins un de ses précurseurs. Or Saint-Martin, dans cette lettre, précise justement sa position :

« La seule initiation que je prêche et que je cherche de toute l'ardeur de mon âme, est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu, et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble, qui nous rend l'ami, le frère et l'épouse de notre divin Réparateur. Il n'y a d'autre mystère pour arriver à cette sainte initiation, que de nous enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être, et de ne pas lâcher prise, que nous ne soyons parvenus à en sortir, la vivante et vivifiante racine ; parce qu'alors tous les fruits que nous devrons porter, selon notre espèce, se produiront naturellement en nous et hors de nous, comme nous voyons que cela arrive à nos arbres terrestres, parce qu'ils sont adhérents à leur racine particulière, et qu'ils ne cessent pas d'en pomper le suc ».

Nous avons laissé l'article de Pezzani tel qu'il a paru dans le journal La Vérité. Nous avons mis les mots ajoutés ou modifiés par l'auteur en italique,  et entre crochets [...] les termes originaux de Saint-Martin.

  • La Correspondance inédite de Saint-Martin avec Kirchberger est accessible sur Google livre : ici
  • Un article sur Kirchberger très intéressant se trouve sur le site du Philosophe inconnu avec des références bibliographiques : ici


6e article.  Pages 62-63

Quelle fermeté et quelle raison ! Je ne dirai pas quel sublime dédain, je dirai quelle gracieuse indulgence ! Dans un homme d'ailleurs si croyant, on aime à voir un jugement aussi net et une patience aussi charitable.

Cela dit parfaitement pourquoi Saint-Martin ne pratique aucune de ces opérations théurgiques si prisées dans l'école de Bordeaux. Sans les condamner toutes, il témoigne pour toutes une sincère répugnance, et sans se séparer de ceux qui s'y livrent, il recommande sans cesse à ses amis et à ses disciples de s'en défier. Il les presse d'aller plus haut, dans la région pure, celle du Verbe, de ses Agents et de ses vertus. Tout ce qui se passe dans l'ordre sensible ou physique l'émeut péniblement et choque sa raison. Spiritualiste en tout, il n'est matérialiste à aucun point de vue. Il ne veut pas même du matérialisme « pour son laquais. »

Entre son commerce avec le monde spirituel et celui qui se faisait jour ou se pratiquait avec enthousiasme ailleurs, il y avait un véritable abîme. Le commerce avec les âmes des trépassés retenues dans les régions astrales n est pas l’objet de ses craintes seulement, il est celui de ses dédains. C'est dans la sphère supérieure qu'il se porte et se meut ; et s'il est à la fin si mécontent de Swedenborg, c'est précisément par la raison que le confiant visionnaire possède la science des âmes plutôt que celle des Esprits.

Je crois qu'il ne parlerait pas mieux des visions de son condisciple Fournié, s'il en parlait, et il est médiocre partisan des manifestations d'une de ses meilleures amies, la marquise de la Croix. Il détourne très expressément la duchesse de Bourbon, qui s'attachait aux clairvoyances des somnambules, de tout ce qui est phénomène sensible. Il ne nie ni les manifestations, ni les visions en général ; mais il s'élève contre la crédule confusion de toutes les unes avec les autres. Loin de là, il les classe et les distingue. Le baron de Liebisdorf, qui est comme tout le monde, qui voudrait voir et qui aspire toujours de nouveau à une connaissance physique de Dieu lui-même, a beau revenir à la charge pour lui arracher une concession qui permette à son matérialisme d'espérer quelque chose de semblable, Saint-Martin ne cède pas. Il sait que la tradition mystique veut depuis les Néoplatoniciens, Plotin à leur tête, qu'on ait vu Dieu. Et comme il ne se croit pas le moins du monde un chef éminent, mais un simple missionnaire ; comme il ne se croit pas digne de dénouer les cordons de la chaussure de Bœhme, qui s'attribue trois grandes visions dans sa vie, il ne nie rien à ce sujet. Mais s'il s'abstient, ce n'est pas qu'il hésite. Au contraire, il est pour son compte plein de respect pour cette parole sainte, plus d'une fois répétée dans le Pentateuque : « Nul ne peut voir Dieu et vivre. » Il repousse à ce sujet toute question nouvelle, et non sans quelque impatience, en termes propers [sic] à mettre fin à toutes ces interpellations indiscrètes qui révèlent encore plus d'ignorance que de curiosité. Il répète à son ami que c'est spirituellement et non physiquement qu'il faut jouir des ravissements de la présence de Dieu. On ne peut le voir ici-bas que par les vertus supérieures qui le représentent.

Le baron lui a cité les manifestations obtenues à l'école du Nord ; à son voyage de Londres, il fit peu de cas de cette école. Je ferai voir ici comment il la combat.

« Je crois, écrit-il (lettre du 26 janvier 1794), que celui [ceux] qui reçoit [reçoivent] des communications externes et gratuites comme à [63] Copenhague, […] me paraissent ne pas avoir des preuves sufffisantes [sic] pour justifier leur confiance :

« 1° Je ne les crois pas élus au premier degré ci-dessus, sans quoi ils n'auraient pas d'incertitudes, et n'auraient pas besoin de faire des questions.

« 2° Je les vois passifs dans leur œuvre, je les vois opérés, et non pas opérants ; et ainsi n'ayant pas l'active virtualité nécessaire pour lier le fort, afin de piller la maison du fort et la mettre en état de propreté convenable pour n'y loger que d'honnêtes gens.

« 3° Les réponses [la réponse] qu'ils reçoivent quand ils demandent : Es-tu la cause active et intelligente, ne me prouvent rien, car l'ennemi peut tout imiter, jusqu'à nos prières, comme je l'ai dit dans l’Homme de désir ; et c'est au discernement de ces terribles imitations que conduit [conduisent] l'usage et la pratique des vraies opérations théurgiques, quand toutefois [après tous ces faits] on ne se porte pas de suite à l'interne qui apprend tout et préserve de tout.

« 4° Enfin, je ne vois point dans ceux de Copenhague les signes indiqués dans l'Evangile pour caractériser les vrais missionnaires de l'Esprit : « Ils guériront » les malades, ils chasseront les démons, ils avaleront des poisons qui ne leur feront point de mal. »

« […] Et puis je ne sais si mon extrême prudence contre l'externe, et mon goût toujours croissant pour l'interne ne m'interdirait pas même d'approcher de ces objets, jusqu'à ce que je fusse envoyé par un autre ordre que celui de mon désir ou de ma curiosité.

« Je dois ajouter que, si la puissance mauvaise peut tout imiter [ce mot est rajouté], la puissance bonne intermédiaire parle souvent comme la puissance suprême elle-même. C'est ce que l'on a vu à [au] Sinaï, où les simples Elohim ont parlé au peuple comme étant le seul Dieu, le Dieu jaloux, (cette idée est de Martinez) : nouvelle raison pour se tenir en garde contre les conclusions que l'on tire de la réponse oui.

« Si toutes ces réflexions peuvent aider l'intéressante fille de Lavater [de votre Zurichois] à prendre quelque aplomb sur tout cela, vous pouvez les lui faire parvenir; de même que je vous serai obligé de continuer à me communiquer ce que vous apprendrez de tous ces côtés ». [Lettre XL, p.117-118].

« J'ai eu du physique aussi, dit St-Martin, […] mais en moindre abondance (depuis Bordeaux), que dans l’école de Martinez [que lorsque je suivais les procédés de mon école] ; et encore, lors de ces procédés [de mon école] (quand il y prenait part à Bordeaux), j'avais moins de physique que la plupart de mes camarades. [Car] Il m'a été aisé de reconnaître que ma part a été plus en intelligence qu'en opération. […] Ce physique n'attire pas plus mon attention ni ma confiance que le reste. […].

« D'ailleurs [Au reste], je vous l'ai dit mille fois, […] ce qui n'est pas votre œuvre personnelle [de votre substance] est une perte de temps pour vous. » [Lettre XXIV, du 24 avril 1793, p.75-76].

Saint-Martin fut réellement plus heureux qu'il ne pensait, et son adepte plus docile qu'il n'espérait. Dès le 25 [29] juillet 1795, le baron lui écrit une lettre où il est détaché de l'école du Nord, comme s'il n'en avait jamais été engoué. Mademoiselle Lavater est toujours « dans les meilleurs [bons] principes. » Mademoiselle Sarasin, de Bâle (où il y avait une sorte de succursale de l'école du Nord), est aussi entrée expérimentalement dans la bonne voie […]. Outre cela, continue-t-il, elle m'a mandé une nouvelle qui m'a fait plaisir, et qui sert à confirmer ce que nous (ce nous est piquant) avons déjà conjecturé à priori sur l'école du Nord. Voici ce qu'elle m'écrit :

« Une dame de Copenhague, la comtesse de Reventlow, disciple de l'école du Nord, tout comme Lavater, avait mandé au dernier que, dégoûtée des contradictions qui se trouvaient dans cette école, elle avait tout quitté ; qu'elle s'estimait fort heureuse d'avoir cherché et trouvé une voie plus simple ». [Lettre LXXV, p.215-216].

A. P.

(La suite au prochain numéro].



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