Dupont

Dans la série Les précurseurs du spiritisme : Dupont de Nemours - 1er article

La Vérité - Journal du Spiritisme, paraissant tous les dimanches - Bureaux à Lyon, rue de la Charité, 48 - Troisième année – N° 9 – Dimanche 23 avril 1865

1er article sur Dupont de Nemours - Page 34.

[Nous avons mis entre crochets […] les pages du livre de Dupont de Nemours qu’André Pezzani cite dans son article. Il s’agit de Philosophie de l’Univers que l’on peut télécharger sur le site de la BNF]

L'ordre chronologique voudrait que nous passions à saint Martin ; mais c'est encore un mystique, et pour varier un peu il convient d'intercaler ici un philosophe spirite, un des devanciers doctrinaux de nos idées. D'ailleurs il ne nous convient pas, et on le comprendra par la suite, de séparer saint Martin de Swedenborg. Nous reprendrons l'histoire du spiritisme c'est-à-dire des diverses manifestations, telles que visions, extases apparitions à la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe. Voyons d'abord ce qu'un contemporain presque inconnu et qui ne méritait pas de l'être des philosophes de l'encyclopédie, Diderot, d'Alembert, d'Holbach, a pensé non seulement de ressemblant mais d'identique avec nos croyances actuelles. Il s'agit de Dupont de Nemours qui a laissé la Philosophie de l'univers 1 vol. in-8. Oramasis, poème philosophique, et une foule de mémoires disséminés dans les recueils de l'Institut. De tous ces ouvrages nous allons faire un résumé qui sera nôtre en tant que résumé, mais dont toutes les idées et autant que possible les expressions seront prises de l'auteur.

Nous prouverons que l'existence du monde invisible des Esprits a été proclamée par Dupont de Nemours, et non seulement cette existence, mais encore la possibilité et l’utilité de nos rapports avec ce monde. Il considère les morts illustres qui nous ont précédés, ou bien les ancêtres de notre famille, comme des médiateurs entre Dieu et les hommes.

Il admet la préexistence, les réincarnations, le périsprit, l’erraticité qu'il nomme l'état d’attente ; enfin il renverse les croyances enfantines de l'enfer et du purgatoire. C'est ce dont nos lecteurs pourront se convaincre. Et d'abord parlant du monde spirite qui nous entoure, il s'écrie :

« … Pourquoi n'avons-nous aucune connaissance évidente de ces êtres dont la convenance, l'analogie, la nécessité dans l'univers frappent la réflexion qui peut seule nous les indiquer ? de ces êtres qui doivent nous surpasser en perfections, en facultés, en puissance, autant que nous surpassons les animaux de la dernière classe et les plantes ? qui doivent avoir entre eux une hiérarchie, aussi variée, aussi graduée que celle que nous admirons entre les autres êtres vivants et intelligents que nous primons et qui nous sont subordonnés ? dont plusieurs ordres peuvent être nos compagnons sur la terre, comme nous sommes ceux des animaux qui, privés de vue, d'ouïe, d'odorat, de pieds, de mains, ne savent qui nous sommes au moment même où nous en faisons le bonheur ou le malheur ? dont quelques autres peut-être voyagent de globe en globe, ou, de plus relevés encore, d'un système solaire à d'autres, plus aisément que nous n'allons de Brest à Madagascar ?

« C'est que nous n'avons pas les organes et les sens qu'il nous faudrait pour que notre intelligence communiquât avec eux.

« […] C'est ainsi que les mondes embrassent les mondes et que sont classifiés les êtres intelligents, tous composés d'une matière que Dieu a plus ou moins richement organisée et vivifiée.

« Telle est la vraisemblance, et parlant à des Esprits vigoureux qui ne plient pas devant les conceptions fortes, j'oserai dire que telle est la réalité. [Pages 128-129]

« …Ce que nous faisons pour nos frères cadets, nous qui n'avons qu'une intelligence très médiocre et qu'une bonté très limitée, les génies, les anges (permettez-moi d'employer des noms en usage pour désigner des êtres que je devine et que je ne connais pas), ces êtres qui valent beaucoup mieux que nous, doivent le faire et vraisemblablement le font pour nous, avec plus de bienfaisance, de fréquence et d'étendue dans les occasions qui les touchent. [Page 132].

« […] Vous ne pourriez m'affirmer que cela n'est pas qu'en prétendant que tout ce que vous ne pouvez voir physiquement n'existe point, et soutenant que vous êtes les premiers êtres après Dieu. Et je peux vous affirmer que cela est, appuyé sur toutes les lois d'analogie qu'il nous est donné de reconnaître dans l'univers. [Page 136].

« […] Ceux-là ne varient pas, ils ne nous abandonnent point, ils ne s'éloignent jamais, nous les trouvons dès que nous sommes seuls. Ils nous accompagnent dans l'exil, en prison, au cachot; ils voltigent autour de notre cerveau réfléchissant et paisible[…]. « Nous pouvons les interroger, et toutes les fois que nous le tentons, on dirait qu'ils nous répondent. Pourquoi ne le feraient-ils pas ? Nos amis absents nous rendent bien un pareil service. […] Combien de fois, dans les occasions épineuses, au milieu des combats [du combat] des passions diverses, ne me suis-je pas dit : Que ferait en ce cas Charles Grandisson ? Que penserait Quesnay ? Qu'approuverait Turgot ? Que me conseillerait Lavoisier ? Qui est-ce qui pourra plaire à sa vertueuse compagne ? Comment aurai-je le suffrage des anges ? Quelle action sera le plus conforme à l'ordre, aux lois, aux vues bienfaisantes du roi majestueux et sage de l'univers ? Car on peut ainsi porter jusqu'à Dieu l'invocation salutaire et pieuse, l'hommage, les élans d'une âme avide de bien faire et soigneuse de ne pas s'avilir. […] Dans la solitude, entouré de l'image de nos [mes] amis, de l'assemblée des puissance aériennes, des différents chœurs de séraphins, et placé au pied du trône de Dieu ; cette raison, cette conscience, cette délicatesse, seules facultés par lesquelles la lumière divine puisse arriver jusqu'à moi, je les consulte alors agrandies par la recherche d'une raison supérieure, désintéressées de moi-même par l'examen et le sentiment d'une convenance plus générale et plus noble, exaltées par la contemplation du beau idéal. » [145-147].

Passons maintenant au système de notre auteur sur les vies futures et que l'on nous dise en quoi ses opinions différent des enseignements actuels.

« … Si, comme je le crois, l'être intelligent sursit à son enveloppe, il demeure dans l'état de monade. Mais comme il ne peut pas perdre son intelligence, car, pour lui, ce serait mourir, il doit, dans cet état même de privation de ses organes extérieurs, conserver le sens interne, la mémoire, le remords de ses fautes, l'espoir de ce qu'il a fait de bien ; le désir véhément de gouverner encore quelque chose, d'administrer un corps quelconque, l'ambition d'obtenir une existence plus heureuse que celle qu'il vient de quitter, la faculté d'invoquer mentalement ses juges, ses supérieurs, ou le juge suprême de toutes les actions et de toutes les pensées, le supérieur général de tous les êtres, pour qu'ils le renvoient le plus tôt possible à la vie, aux jouissances, aux moyens d'agir, de couvrir ses torts par une meilleure conduite, de mériter son avancement. » [Pages 169-170].

A. P.

(La suite au prochain numéro.)

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